
Un écrivain qui veut amener son public à une conclusion devrait s’abstenir de lui mettre une laisse et de tirer trop fort dessus. En tant qu’êtres humains, vos lecteurs seront naturellement enclins à résister si vous leur dites ce qu’ils doivent penser, à moins qu’ils soient déjà parfaitement en phase avec vos opinions… et combien de fois cela se produit-il ?
Un auteur qui est très proche de son sujet, pour avoir souvent écrit dessus, est susceptible de ne pas remarquer que les faits qu’il présente sont ouverts à différentes interprétations. Si l’interprétation, ou le point de vue de l’auteur, est présentée comme la seule étant logique, les lecteurs dont les interprétations diffèrent (c.-à-d. possiblement une grande majorité du lectorat) peuvent être irrités, offensés ou pire. Comme disait Sherlock Holmes dans A Study in Scarlet « Je devrais pourtant savoir que lorsqu’un fait semble s’opposer à un long train de déductions, cela révèle invariablement qu’il peut être soumis à d’autres interprétations. ».
Techniques à utiliser et à éviter
Une bonne approche est d’établir une liste des faits de la manière la plus logique et cohérente possible, ensuite faites confiance au lecteur pour tirer les conclusions appropriées. Cette technique est particulièrement applicable à l’écriture de fictions dans lesquelles les personnages et le contexte sont présentés par le biais de descriptions, de dialogues et de mises en situation. Une des caractéristiques d’un auteur de fictions peu élaborées est sa dépendance aux éléments narratifs qui disent carrément au lecteur, en une phrase ou deux, ce qu’il doit penser d’un personnage ou d’un lieu de vie, au lieu de fournir des éléments qui amèneraient le lecteur à la conclusion souhaitée dans un passage descriptif plus long ou dans une mise en situation. Par exemple, plutôt que de dire: « Les Smith avaient des goûts de gens du peuple », l’écrivain pourrait décrire la manière dont la maison de la famille Smith a été décorée.
Lorsque vous devez indiquer explicitement des conclusions, assurez-vous de les présenter de manière neutre et en respectant l’indépendance du lecteur de les accepter ou non. Faites confiance à la fois à votre pouvoir de persuasion et au sens commun de votre public.
Évitez de faire des jugements de valeur basés sur certains faits ou sur certaines conclusions. Les valeurs seront mieux jugées par chaque lecteur, de façon indépendante. Par exemple, un article de journal qui mentionne que : « Les élèves du lycée Smith ont obtenu les meilleurs résultats des lycées de la ville. L’école est également régulièrement notée comme étant « meilleure que la plupart des autres » par une majorité de ses diplômés. » n’est pas suivi par un énoncé du type : « Le lycée Smith est le meilleur de la ville. » La question qui ne manquerait alors pas d’être posée serait : « Meilleur en quoi ? ». Le lycée pourrait être le meilleur au niveau académique ou peut-être est-il tout simplement situé dans un quartier riche. Peut-être que d’autres écoles ont de meilleurs programmes de rattrapage en lecture, des clubs de sport, de théâtre et d’échecs. La valeur, comme la beauté, est dans l’œil de celui qui la voit.
Évitez de placer d’office le lecteur de votre côté dans une attitude de « Nous contre les autres » en utilisant des formules comme : « Nous pouvons voir que… », « Nous recommandons que …. ». Des déclarations comme celles-ci impliquent vaguement la supériorité du « nous » (auteur), qui dicte le « ils » (lecteurs). Réécrivez ces déclarations pour souligner les avantages d’être d’accord avec les conclusions ou les conseils présentés. Par exemple, plutôt que d’utiliser « Nous recommandons de placer le Whizzbang sur une surface plane et dure », essayez « Pour un meilleur fonctionnement, placez le Whizzbang sur une surface plane et dure ».
Exceptions
Enfin, ne tenez pas compte de la plupart des conseils précédents quand il s’agit d’écrire des mises en garde ou des avertissements sur des matières, des produits ou de procédés dangereux. Dans ce cas, il faut être franc et explicite sur le danger, vous devez vous assurer que le lecteur comprenne les conséquences s’il n’écoute pas les conseils fournis, et vous devez mettre l’accent sur la crédibilité du « nous » (expert) qui donne des conseils aux « ils » (supposés novices) en indiquant votre position, le cas échéant.
Article extrait de la bibliothèque documentaire Writer’s block, paru sur le site www.writersblock.ca


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