Après la fusillade survenue dans le lycée de Columbine (USA), j’ai écrit que, en tant qu’écrivain, l’une des choses que nous pouvions faire, c’était de prendre en compte le fait que les enfants d’aujourd’hui sont de plus en plus confrontés à des pressions et des problèmes que nous n’avons nous-mêmes jamais rencontrés en grandissant, et que nous devrions faire davantage d’efforts pour s’attaquer à ce problème dans le secondaire et dans la littérature pour les jeunes. J’ai eu beaucoup de réponses à mon article et bon nombre de personnes m’ont dit : « Je suis d’accord avec vous, mais j’ai essayé pendant deux ans de vendre un roman jeunesse polémique, sans succès. Pensez-vous que les éditeurs rejettent systématiquement les sujets réalistes ? »
C’est peut-être le cas pour certains éditeurs, mais en général, je pense que la plupart des éditeurs donneraient sa chance à un roman traitant un sujet sensible s’il est bien écrit. Après avoir passé en revue les titres des romans les plus durs parus ces dernières années, il s’avère que ceux-ci ne sont pas l’œuvre d’auteurs très connus, mais qu’ils ont été écrits par des écrivains ayant publié quelques livres seulement, voire aucun. Je crois aussi que la majorité des éditeurs établis ne se soucient pas de la censure ou d’un bannissement communautaire, mais de publier un livre dont ils ont l’impression qu’il parle de quelque chose d’important. Mais cette question demeure : Pourquoi certains auteurs ne réussissent-ils pas à publier de genre d’ouvrage ?
La controverse est-elle gratuite ?
La controverse est dans l’œil de celui qui la voit, mais certains sujets ont fait sourciller le public dans le passé ; cela va de la mort de personnes publiques aux grossesses des adolescentes, en passant par les agressions, la drogue, l’alcool, l’homosexualité et la violence. Le meilleur d’un livre n’est cependant pas dans la controverse, mais dans la façon dont le protagoniste gère la situation. Le personnage principal peut avoir été abusé par un père alcoolique, mais ce n’est pas la seule chose qui doit se passer dans sa vie ; il peut également avoir adopté un chien errant ou avoir un emploi après l’école. Le fait d’avoir été abusé affectera et influencera certainement son univers, mais le livre ne doit pas parler que de cela. Et, si le fait d’avoir été abusé peut définir le personnage au début du livre, l’histoire doit vraiment être centrée sur la façon dont le personnage se développera au-delà du fait d’être un enfant maltraité et il découvrira des aspects de sa personnalité qui valent la peine d’être sauvés. Il pourrait quitter sa maison, obtenir de l’aide ou dénoncer son père à la police. Pour que ces livres soient efficaces, le personnage principal doit devenir un être agissant et trouver une solution à son problème. Vos lecteurs doivent comprendre qu’il y a un moyen de s’en sortir.
Si le sujet de votre livre est très précis et reste spécifique, vous ne pourrez toucher qu’une petite audience qui sera directement concernée cette situation. Toutefois, si vous utilisez le sujet comme un tremplin vers des thèmes plus universels comme une faible estime de soi, la pression des pairs ou le sentiment d’échec, alors l’histoire deviendra intemporelle. Vous atteindrez ainsi un public plus large et recevrez l’approbation d’un éditeur.
Vous devez aussi proposer vos sujets controversés à un public dont l’âge est approprié. Les livres pour les lycéens racontent souvent les événements qui ont conduit le protagoniste au dilemme auquel il est confronté actuellement, sans faire appel à beaucoup de descriptions détaillées ou visuelles. Par exemple, dans The unprotected witness (éd. Greenwillow), la suite de The bones in the cliff de James Stevenson, Pete, 11 ans, a enfin trouvé une maison avec un ami et sa grand-mère après avoir passé une vie à fuir aux côtés de son père, un alcoolique recherché par la police. Quand le père de Pete est assassiné, et que l’enfant doit se rendre à St. Louis pour identifier le corps, nous avons un aperçu de la vie antérieure de Pete par le biais de flashbacks. Et nous en voyons bien le résultat chez Pete dans son incapacité à se faire beaucoup d’amis ou à suivre les règles à l’école. Le lecteur partage la colère que ressent Pete contre son père et ses tourments d’aimer un homme qu’il méprise en même temps, sans connaître tous les détails de la violence du père alcoolique. Parce que c’est une histoire de sentiments et de conséquences, elle touche tous les lecteurs qui ont déjà eu un sentiment de non-appartenance.
Votre héros est-il réaliste?
Votre personnage principal doit penser et sentir comme un véritable enfant de son âge. Les événements de l’histoire doivent être vus à travers les yeux de ce personnage et être interprétés selon ses propres points de référence. Vous ne pouvez pas imposer votre interprétation d’adulte à l’histoire, et vous ne pouvez pas non plus ni créer un personnage trop innocent si son passé l’a forcé à grandir rapidement. Par-dessus tout, votre personnage doit avoir certaines caractéristiques qui s’avéreront salvatrices et qui lui permettront de surmonter la situation ou, au moins, de lui faire prendre le bon chemin. Les personnages qui sont entièrement maléfiques fonctionnent en tant qu’antagonistes, mais ils ne sont pas assez sympathiques pour faire l’objet d’une histoire.
Avez-vous une bonne connaissance des bases de la narration?
Le plus souvent, les manuscrits sont rejetés parce que l’auteur n’a tout simplement pas écrit un livre assez fort. L’intrigue est tirée par les cheveux, les personnages sont plats, les dialogues sont figés et la fin n’est pas crédible. Si vous racontez une histoire dont le thème est controversé, il vous faudra travailler encore plus dur pour maîtriser les bases d’une narration efficace. L’histoire doit être tellement convaincante que l’éditeur ne doit pas avoir d’autres choix que de dire oui.
Article de Laura Backes, auteur et éditrice du Children’s Book Insider, paru sur le site http://children.fictionfactor.com


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